Le marimba moderne

 

Une définition encore trop floue

Comment définir le marimba moderne ?

Voilà une vaste question qui recoupe de nombreux champs tels que la sonorité de l’instrument, sa tessiture, le répertoire qui lui est destiné etc… En ce qui concerne l’évolution du marimba, il semble que l’enjeu principal pour des marimbistes tels que Keiko Abe a été de distinguer complètement le marimba du xylophone. En fait, il est plus aisé de définir le marimba moderne en gardant à l’esprit que son existence est légitimée par son opposition, sa complémentarité avec le xylophone.

Les critères objectifs de distinction entre le xylophone et le marimba

Xylophone studio 49

Xylophone de la marque studio 49

Quelles différences entre le marimba et le xylophone ?

  1. Registre : Le marimba a un registre plus grave que le xylophone. D’ailleurs, la tessiture du marimba est plus grande puisqu’elle s’étend généralement sur 5 octaves, du C2 au C7, au lieu de 4 octaves, du C3 au C7, pour le xylophone.
  2. Timbre : La sonorité du marimba peut être qualifiée de suave : le son doux et riche en harmonique qui émane de la vibration des lames est largement amplifiée par la colonne de larges tuyaux qui font office de résonateurs. A contrario, le xylophone produit un son sec et brillant.
  3. Répertoire et utilisation : Alors que le xylophone est devenu partie intégrante de l’orchestre symphonique grâce à sa brillance et sa puissance sonore , le marimba s’apprécie davantage dans des formations réduites plus à même de mettre en avant la richesse de sa sonorité et ses grandes qualités expressives.
    D’autre part, si l’utilisation du xylophone reste marginale en dehors de grands ensembles instrumentaux et que la technique qui lui est destinée semble être arrivée à saturation, les possibilités du marimba ne cessent d’être repoussées de génération en génération et les partitions qui lui sont dédiées sont de plus en plus exigeantes. Sans rentrer dans les détails, on dira grosso modo que le jeu au marimba se systématise peu à peu autour d’une technique à 4 baguettes tandis que le xylophone se joue régulièrement avec 2 baguettes.
Marimba Yamaha YM 4900 A

Marimba Yamaha YM 4900 A

 

Facture du marimba moderne

Il serait très long voire indigeste de présenter dans les détails tous les éléments entrant en compte dans la facture du marimba. Il paraît néanmoins important de retenir certains points incontournables qui concernent les caractéristiques générales du marimba moderne ainsi que les difficultés et enjeux que rencontrent les principaux fabricants de marimba.

Caractéristiques générales

En schématisant, voici les composants fondamentaux du marimba moderne :

Le châssis

Il ne faut pas perdre de vue que le marimba est composé d’un ensemble d’éléments qui se coordonnent autour du châssis, le véritable squelette de l’instrument. Il doit avant tout être solide puisqu’il doit notamment supporter les quatre rangées de lames et de tuyaux-résonateurs qui les accompagnent. En outre, le châssis est souvent conçu de manière à être facilement monté et démonté. En effet, le marimba est un instrument imposant qui voyage plus fréquemment en pièces détachées que tout-assemblé.

Les lames

Les lames, à l’instar des touches pour le piano, sont les vecteurs sonores du marimba : elles donnent vie au son suite à leur mise en vibration par le musicien. Comme les autres instruments à clavier de la famille des percussions, le clavier du marimba a été formé à partir de celui du piano : le modèle touches blanches (gamme diatonique) – touches noires (gamme chromatique) reste donc de mise même si toutes lames possèdent la même teinte. Néanmoins, contrairement au piano, les lames ne sont pas toutes de la même dimension : plus elles produisent un son grave, plus elles sont de grande dimension ; c’est le principe du clavier progressif. D’ailleurs, les claviers progressifs ne sont pas standardisés et diffèrent donc d’un fabricant à un autre, ce qui n’est pas sans poser des soucis majeurs d’adaptation d’un marimba à un autre.

Les lames du marimba sont souvent en bois de palissandre, en bois de rose ou en padouk.

Les résonateurs

La facture du marimba n’échappe pas à la règle de la caisse de résonance : ses tuyaux ont pour but d’amplifier les vibrations produites par les lames en optimisant les volumes d’air qui interagissent.  Les tuyaux-résonateurs sont en métal.

Enjeux et difficultés rencontrés dans l’élaboration du marimba

Justesse et qualité du son

La justesse et la qualité du son sont des point cruciaux pour les fabricants de marimba qui s’efforcent de les garantir le plus longtemps possible sur leurs différents modèles. Ils rencontrent à ce sujet trois problèmes majeurs :

  1. La gestion des harmoniques pour une lame donnée : de nombreux marimbas sonnent « faux » lorsqu’ils sont joués dans le grave. Cette sensation est souvent due aux harmoniques qui ressortent très nettement sur certains instruments. Par exemple, le do grave du marimba Yamaha 5100 A laisse entendre une dixième majeure qui peut être problématique dans certaines tonalités telles que do mineur.
  2. L’homogénéité du son : il est primordial que toutes les lames puissent sonner de manière équilibrée sur toute l’étendue du clavier tout en conservant un certain grain de son qui donne à chaque modèle sa spécificité. De nombreux fabricants accentuent leurs efforts sur la modularité des résonateurs en donnant la capacité au marimbiste de pouvoir doser lui même les rapports de résonance et de clarté entre les lames, via des réglages manuels sur les tuyaux.
  3. La longévité des lames : la partie grave du clavier du marimba est sans conteste la plus fragile. Les lames de grandes dimensions sont effectivement plus facilement exposées au fissure et se fatiguent rapidement. Les marimbistes utilisent une expression très imagée pour qualifier les lames qui ont perdu en qualité et en volume sonore, ils disent que telle lame « est vidée ».

Aspects pratiques

Il n’est pas rare d’entendre les percussionnistes maudire leur orientation professionnelle et rêver d’une carrière de flûtiste tant le transport des instruments de percussion leur demande une énergie considérable dans leur vie de musicien. Sur le terrain, la distribution des rôles en ce qui concerne le transport des instruments à clavier se tire véritablement à la courte paille : c’est peu dire qu’un voyage peut revêtir différents visages entre le fait de se charger du glockenspiel ou du marimba ! Les fabricants de marimba gardent toujours à l’esprit une pensée pour les joueurs malchanceux et ne cessent de concentrer leur attention sur la facilité et la rapidité de l’assemblage, opération souvent réalisable par une seule personne.

Une position saine est nécessaire pour le développement de la virtuosité, c’est pourquoi de plus en plus de modèles de marimba sont réglables en hauteur pour permettre à tous les musiciens de trouver un confort de jeu optimal.

Les gammes de prix

Il est important de souligner brièvement que la plupart des fabricants polarisent leur gamme de marimba selon deux principes différents :

  1. les marimbas de concert : d’une tessiture de 5 octaves ou 5 octaves 1/3, ils concentrent le nec plus ultra des innovations technologiques. Les prix pour ces marimbas sont compris entre 10 000 et 20 000 euros environ.
  2. les marimbas d’études : d’une tessiture de 4 octaves 1/3, ils permettent aux jeunes percussionnistes de commencer l’apprentissage de la techniques à 4 baguettes sur des longueurs de lame adéquates et de se familiariser avec le son du marimba. Les prix oscillent entre 3000 et 8000 euros selon les fabricants.