Evelyn Glennie

 

Evelyn Glennie

Evelyn Glennie est une figure à part dans le paysage musical de la percussion. Autant adulée que décriée, l’artiste a depuis longtemps bénéficié des fantasmes collectifs que nourrit son handicap – la surdité – pour mener avec brio de nombreuses carrières : soliste, consultante, lobbyiste …
Les biographies d’Evelyn Glennie abondent sur la toile : cet article s’écarte sensiblement du « politiquement correct » et  se concentre donc majoritairement sur  l’analyse du Phénomène Evelyn Glennie.

Biographie succincte

Evelyn Elizabeth Ann Glennie est née 19 juillet 1965 à Aberdeen, elle a grandi dans une ferme de l’Aberdeenshire. Atteinte de surdité depuis l’âge de 12 ans, elle parvient tout de même à intégrer la Royal Academy of Music de Londres, prestigieux établissement dont elle ressort diplômée à l’âge de 19 ans.
S’en suit alors pour la percussionniste le début d’une carrière fulgurante dont voici quelques caractéristiques remarquables :

  • Elle a réalisé 26 enregistrements album/cd.
  • Elle donne environ 100 concerts par an donnés dans déjà plus de 42 pays.
  • Elle a été lauréate à deux reprises des Grammy Awards, notamment pour l’enregistrement de la Sonate pour deux pianos et percussion de Béla Bartók avec Sir Solti et Murray Perrahia.
  • Elle a joué avec de nombreux artistes de tous les horizons : Bjork, Beck, DJ Yoda etc…
  • Elle a été nommée en 1993 « Dame Commandeur de l’ordre de L’Empire Britannique ».

En parallèle, elle mène plusieurs carrières de fond : conférencière, consultante, bijoutière, lobbyiste… Pour en savoir plus sur ces aspects de la carrière d’Evelyn Glennie, rendez-vous sur son site officiel.

Réflexions autour d’Evelyn Glennie

Son handicap

Une certaine controverse

Il est évident que la carrière d’Evelyn Glennie n’aurait jamais pris une telle tournure si elle n’était pas atteinte de surdité. D’ailleurs, la question  » Est-elle vraiment complètement sourde ?  » prend des allures de leitmotiv lorsque les discussions abordent le cas Glennie.
En fait, il est assez flagrant que l’artiste ne soit pas complètement sourde : elle ne pratique pas le langage des signes et ses participations en tant que chambriste au sein d’ensembles musicaux ne peuvent être réalisées par une personne atteinte de surdité totale. Ceux qui maintiennent l’antithèse invoquent sa capacité à lire parfaitement sur les lèvres et sa faculté à percevoir les vibrations physiques du son (nous y reviendrons ultérieurement). Pour clore ce débat d’intérêt secondaire, nous demanderons aux défenseur émérites de la surdité totale d’Evelyn Glennie comment cette dernière parvient-elle à lire sur les lèvres lorsqu’elle tourne le dos à son interlocuteur, et surtout si ils ont déjà pratiqué de la musique de chambre.

Transcender la surdité

Ce qui importe finalement, ce n’est pas le degré de surdité dont est atteint Evelyn Glennie mais bien les facultés d’écoute et d’attention qu’elle a développé en vue du dépassement de son handicap. Celles-ci sont synthétisées dans son credo : « You can listen to music with your body ».  Ainsi, le message de l’artiste est centré autour de la sensation : elle n’a de cesse d’insister que la musique est avant tout un phénomène physique et qu’il est important de développer perpétuellement sa réceptivité au son, aux ondes sonores. Le documentaire Touch the Sound – A Sound Journey With Evelyn Glennie de Thomas Riedelsheimer est une belle incarnation de ce message. 

« Evelyn Glennie is good marketing »

La formule est certes réductrice mais a le mérite de mettre le doigts sur un aspect important du personnage médiatique tant il semble que Evelyn Glennie a compris qu’elle pouvait tirer sa revanche sur le destin en entretenant — consciemment ?  — une certaine ambiguïté autour de sa surdité. D’ailleurs, si son discours autour de la gestion de sa surdité — totale — en tant qu’interprète manque quelques fois d’arguments solides et qu’il revêt de temps à autres des accents naïfs (c’est le cas dans cette interview publié par le site pbs), il est porteur d’espoir, notamment pour les personnes en situation de handicap, et demeure facilement compréhensible pour le grand public.

Ouverture artistique

Aucun autre percussionniste ne peut se targuer d’avoir joué à la fois avec des artistes aussi différents que Sir Georg Solti, Bjork, Beck ou DJ Yoda. Là est bien tout le génie d’Evelyn Glennie : son talent ne peut être scellé dans un genre musical particulier. C’est certainement de par sa réceptivité au son dans toute sa complexité que l’artiste peut naviguer d’un genre à l’autre avec tant de facilité : elle ne joue pas un concerto de marimba, ne s’amuse pas avec un tas de bibelots, n’improvise pas sur une caisse claire : elle fait de la musique.

Charisme

Comme beaucoup d’autres artiste qui brillent en haut de l’affiche, Evelyn Glennie est doté d’un sens aigu de la communication ainsi que d’une formidable énergie : elle se montre autant persuasive derrière un instrument que lorsqu’il s’agît de prendre la parole, une partie de sa notoriété s’explique par sa capacité à transmettre avec enthousiasme  un message et des valeurs qui trouvent un écho autant chez les musiciens que le grand public.

Evelyn Glennie et le marimba

Percussionniste « touche-à-tout », Evelyn Glennie attache une importance particulière au marimba, instrument qu’elle privilégie largement par rapport aux autres instruments à clavier de la famille des percussions. Interprète régulière des concertos pour marimba avec orchestre dont celui de Ney Rosauro, elle a d’ailleurs composé plusieurs pièces pour marimba dont 3 chorales qui connaissent un succès certain chez les marimbistes amateurs. En fait, de part sa célébrité, Evelyn Glennie a contribuer à une certaine médiatisation du marimba.

Voici un extrait du documentaire Touche The Sound, on peut y attendre dès les premières secondes un extrait d’une de ses compositions, A little prayer.